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Voici 7 exemples concrets de donation impliquant l’usufruit, avec des chiffres précis et les avantages fiscaux correspondants, pour vous aider à comprendre comment ces mécanismes fonctionnent dans la pratique.
Qu’est-ce qu’une donation d’usufruit ?
Une donation d’usufruit consiste à transmettre soit l’usufruit d’un bien, soit sa nue-propriété, en gardant l’autre composante. Juridiquement, la pleine propriété se décompose en deux droits distincts : l’usufruitier peut habiter le bien ou le louer et en toucher les revenus, tandis que le nu-propriétaire détient le bien en titre mais ne peut ni l’occuper ni le louer tant que l’usufruit existe.
Le barème fiscal fixé par l’article 669 du Code général des impôts permet d’évaluer la part de chacun selon l’âge de l’usufruitier au moment de la donation. Plus le donateur est âgé, plus l’usufruit vaut peu et la nue-propriété vaut cher, et inversement.
Bon à savoir
Le barème fiscal d’évaluation de l’usufruit dépend uniquement de l’âge du donateur, pas de l’espérance de vie réelle. Jusqu’à 20 ans révolus, l’usufruit vaut 90 % de la pleine propriété ; entre 61 et 70 ans, 40 % ; après 91 ans, seulement 10 %.
Exemple 1 : La donation avec réserve d’usufruit (donation de nue-propriété)
C’est la formule la plus courante. Un parent donne la nue-propriété d’un bien immobilier à ses enfants, mais conserve l’usufruit jusqu’à son décès.
Cas pratique : Madame Dupont, 65 ans, possède un appartement de 400 000 €. Elle décide d’en donner la nue-propriété à sa fille unique tout en gardant l’usufruit pour continuer à y vivre.
Selon le barème fiscal, à 65 ans, l’usufruit représente 40 % de la valeur totale, donc la nue-propriété vaut 60 %, soit 240 000 €. Les droits de donation sont calculés sur cette base de 240 000 €. Avec l’abattement parent-enfant de 100 000 € renouvelable tous les 15 ans, seuls 140 000 € sont taxés, soit environ 12 000 à 15 000 € de droits à payer.
Avantage majeur : au décès de Madame Dupont, la fille récupère automatiquement l’usufruit sans droits de succession supplémentaires. Si l’appartement a pris de la valeur entre-temps, cette plus-value n’est pas taxée lors de la réunion de l’usufruit à la nue-propriété.
Exemple 2 : La donation temporaire d’usufruit à une association ou fondation
Moins connue du grand public, la donation temporaire d’usufruit permet de céder l’usufruit d’un bien pour une durée déterminée à une fondation ou une association reconnue d’utilité publique.
Cas pratique : Monsieur Martin possède un immeuble de rapport d’une valeur de 800 000 €, générant 30 000 € de revenus locatifs annuels. Il consent une donation temporaire d’usufruit de 10 ans à une fondation agréée.
Pendant ces 10 ans, la fondation perçoit les loyers (soit 300 000 € au total). Monsieur Martin bénéficie d’une réduction d’impôt sur le revenu égale à 66 % de la valeur de l’usufruit transmis. Cette valeur est estimée en capitalisant les revenus sur la durée : environ 250 000 € dans ce cas. La réduction d’impôt peut donc atteindre 165 000 €, répartie sur plusieurs années si nécessaire.
À l’issue des 10 ans, l’usufruit revient automatiquement au donateur, qui récupère la pleine propriété et les revenus. Aucun droit de donation n’est dû par la fondation grâce à son statut fiscal particulier.
Exemple 3 : La donation-partage avec réserve d’usufruit
La donation-partage permet à un parent de répartir ses biens entre ses enfants de son vivant, tout en conservant l’usufruit. Elle fige la valeur des biens au jour de la donation et évite les conflits lors de la succession.
Cas pratique : Monsieur et Madame Durand, respectivement 68 et 67 ans, possèdent deux biens immobiliers : une maison de 500 000 € et un appartement de 300 000 €. Ils souhaitent transmettre ces biens à leurs deux enfants tout en gardant l’usufruit pour vivre ou louer.
Ils réalisent une donation-partage : la maison revient en nue-propriété à l’enfant A, l’appartement à l’enfant B. À leur âge, l’usufruit vaut environ 40 % de chaque bien. La base taxable est donc de 300 000 € pour la maison (60 % de 500 000 €) et 180 000 € pour l’appartement (60 % de 300 000 €).
Chaque enfant bénéficie d’un double abattement (100 000 € par parent, soit 200 000 €). L’enfant A paie des droits sur 100 000 €, l’enfant B sur 0 €. Au décès des parents, les deux enfants deviennent automatiquement pleins propriétaires sans taxation supplémentaire.
Exemple 4 : La donation en pleine propriété avec usufruit au conjoint survivant
Un parent peut donner la pleine propriété d’un bien à ses enfants, tout en réservant l’usufruit à son conjoint survivant. Cette stratégie protège le conjoint après le décès du donateur.
Cas pratique : Monsieur Leroy, 70 ans, donne en pleine propriété un portefeuille de titres de 600 000 € à ses trois enfants, mais stipule dans l’acte que son épouse de 68 ans conservera l’usufruit (les dividendes) jusqu’à son propre décès.
La donation est taxée sur la pleine propriété (600 000 €), répartie entre les trois enfants : chacun reçoit 200 000 €. Après abattement de 100 000 € par enfant, 100 000 € sont taxés pour chacun. Les droits s’élèvent à environ 10 000 € par enfant. Madame Leroy continue de percevoir les dividendes sa vie durant, sans être propriétaire des titres. Au décès de Madame Leroy, les enfants récupèrent l’usufruit sans frais.
Exemple 5 : La donation de la seule nue-propriété avec usufruit loué
Un propriétaire peut donner la nue-propriété d’un bien locatif tout en conservant l’usufruit et les loyers, puis décider de vendre cet usufruit à un tiers investisseur.
Cas pratique : Madame Bernard, 72 ans, donne la nue-propriété d’un studio de 200 000 € à son fils unique. Elle conserve l’usufruit (valeur fiscale 30 % selon le barème, soit 60 000 €). La base taxable de la donation est de 140 000 € (70 % de 200 000 €). Après abattement de 100 000 €, les droits portent sur 40 000 €, soit environ 6 000 € à payer.
Madame Bernard loue ensuite son usufruit à un investisseur pendant 15 ans contre un capital de 80 000 €. L’investisseur perçoit les loyers pendant 15 ans. Au terme, l’usufruit revient à Madame Bernard, et le studio sera réuni en pleine propriété au profit du fils lors de son décès.
Comment calculer la valeur de l’usufruit pour une donation ?
Le calcul repose sur le barème fiscal de l’article 669 du Code général des impôts. Ce barème fixe la valeur de l’usufruit et de la nue-propriété selon l’âge de l’usufruitier au jour de la donation. Voici les tranches principales :
| Âge de l’usufruitier | Valeur de l’usufruit | Valeur de la nue-propriété |
|---|---|---|
| Moins de 21 ans | 90 % | 10 % |
| De 41 à 50 ans | 60 % | 40 % |
| De 61 à 70 ans | 40 % | 60 % |
| De 81 à 90 ans | 20 % | 80 % |
| Plus de 91 ans | 10 % | 90 % |
Pour un bien de 500 000 €, si le donateur a 65 ans, la nue-propriété vaut 300 000 € (60 % du total), base sur laquelle seront calculés les droits de donation. L’usufruit de 200 000 € reste dans le patrimoine du donateur mais ne fait pas partie de l’assiette taxable.
Exemple 6 : La donation graduelle avec usufruit successif
La donation graduelle, mécanisme rare mais utile, permet de transmettre un bien à un premier bénéficiaire, à charge pour lui de le conserver et de le transmettre à un second bénéficiaire désigné.
Cas pratique : Monsieur Faure donne la nue-propriété d’une propriété viticole de 1 million d’euros à sa fille (premier bénéficiaire), en gardant l’usufruit. Il stipule que, au décès de sa fille, la pleine propriété devra revenir à son petit-fils (second bénéficiaire). La fille ne pourra ni vendre ni donner le bien sans l’accord du petit-fils.
À 66 ans, l’usufruit de Monsieur Faure vaut 40 %, donc la donation porte sur 600 000 €. Après abattement de 100 000 €, les droits s’appliquent sur 500 000 €, soit environ 85 000 € à payer par la fille. Au décès du père, la fille devient pleine propriétaire, puis au décès de la fille, le petit-fils héritera sans nouvelle taxation sur cette propriété déjà transmise.
Exemple 7 : La donation d’usufruit d’un contrat d’assurance-vie
Bien que l’assurance-vie bénéficie d’une fiscalité avantageuse en cas de décès, on peut aussi démembrer un contrat entre usufruitier et nu-propriétaire.
Cas pratique : Madame Blanc, 69 ans, détient un contrat d’assurance-vie de 350 000 €. Elle souhaite transmettre la nue-propriété à ses deux petits-enfants tout en conservant les rachats et les intérêts (usufruit) pour financer sa retraite.
Elle effectue une donation-partage de la nue-propriété du contrat (valeur 60 % de 350 000 €, soit 210 000 €, répartis entre les deux petits-enfants : 105 000 € chacun). Chaque petit-enfant bénéficie d’un abattement de 31 865 € (abattement grand-parent/petit-enfant), soit environ 73 000 € taxés pour chacun. Les droits s’élèvent à près de 12 000 € par petit-enfant.
Madame Blanc continue de percevoir les intérêts et peut effectuer des rachats partiels. À son décès, les petits-enfants récupèrent l’usufruit et deviennent bénéficiaires du contrat sans taxation successorale supplémentaire.
Droits de donation et abattements : ce qu’il faut retenir
Les droits de donation sont progressifs et dépendent du lien de parenté entre le donateur et le bénéficiaire. Vous pouvez consulter le détail de l’abattement de 100 000 euros en donation et succession et son fonctionnement, ainsi que les autres abattements applicables : entre grand-parent et petit-enfant, 31 865 € ; entre frères et sœurs, 15 932 € ; entre époux ou partenaires de PACS, 80 724 €.
Prenons une dernière illustration chiffrée : un père de 74 ans donne un bien de 700 000 € en nue-propriété à son fils. À cet âge, l’usufruit représente 30 %, donc la nue-propriété vaut 490 000 €. Après abattement de 100 000 €, la base taxable est de 390 000 €. Les droits s’élèvent à environ 74 000 €.
Si le père avait attendu ses 80 ans, l’usufruit aurait valu seulement 20 %, la nue-propriété 80 %, soit une base de 560 000 €. Les droits auraient dépassé 108 000 €. Anticiper la transmission permet donc de réaliser une économie fiscale réelle en jouant sur le barème de l’usufruit.
À retenir
Le démembrement de propriété offre une grande flexibilité patrimoniale et fiscale. Chaque situation mérite un accompagnement personnalisé par un notaire, qui calculera précisément les valeurs, les abattements cumulables et les droits applicables en fonction de votre âge, de votre patrimoine et de vos objectifs de transmission.
